Beautiful Bastard

By: Christina Lauren

Chapitre 1

Mon père disait toujours : « La meilleure façon d’apprendre un job, c’est de passer beaucoup de temps à regarder faire les autres. »

« Pour arriver en haut de l’échelle, il faut commencer par le bas, ajoutait-il. Deviens celle dont le PDG ne pourra plus se passer. Son bras droit. Fais en sorte de leur plaire, et ils te mettront le grappin dessus à la seconde même où tu obtiendras ton diplôme. »

Alors je suis devenue irremplaçable. Et, sans aucun doute, le bras droit. Mais en l’occurrence, je suis le bras droit qui, la plupart du temps, doit se retenir de foutre son poing dans la sale gueule du directeur en question.

Mon boss, M. Bennett Ryan. Beautiful bastard.

J’ai le ventre noué rien qu’en y pensant : grand, beau, le mal incarné. Le type le plus puant, le plus imbu de lui-même que j’aie jamais rencontré.

J’ai eu droit à tous les potins des secrétaires au sujet de ses frasques légendaires. On croit rêver : tout ça juste parce qu’il est beau gosse ? Mon père disait aussi : « Tu t’apercevras vite que quand on regarde quelqu’un, on n’en voit que la moitié. » J’ai eu ma dose de mecs insupportables ces dernières années, j’ai même couché avec quelques-uns d’entre eux entre le lycée et l’université. Mais celui-ci les surpasse tous – et de loin !

— Ah ! Vous voilà, mademoiselle Mills !

Monsieur Ryan se tient dans l’embrasure de la porte de mon bureau, qui sert de vestibule au sien. Une voix tout sucre tout miel, avec quelque chose qui sonne faux – du miel trop dur, impossible à tartiner. Et des cailloux à la place du sucre.

J’acquiesce d’une grimace. Après avoir renversé de l’eau sur mon téléphone, fait tomber mes boucles d’oreilles dans le trou du lavabo, avoir eu un carton sur l’autoroute et dû attendre que la police arrive pour constater ce que tout le monde savait déjà – que c’était l’autre qui était en tort –, la dernière chose dont j’avais besoin ce matin, c’était d’une remarque acerbe de mon boss.

Manque de bol, M. Ryan ne connaît pas d’autre ton.

Je lui lance légèrement : « Bonjour, monsieur Ryan ! », avec l’espoir qu’il me gratifiera de son habituel hochement de tête sec en retour.

Mais quand je tente de m’éclipser pour atteindre mon bureau, il grogne :

— Oui ? Bon…jour, mademoiselle Mills… Quelle heure est-il dans votre petit monde ?

Je m’arrête et croise son regard glacial. Il a vingt bons centimètres de plus que moi – avant de travailler avec lui, je ne m’étais jamais sentie aussi petite. Ça fait six ans que je suis chez Ryan Media Group. Et depuis son retour à l’entreprise familiale, neuf mois en arrière, je me suis mise à porter le genre de talons que je considérais jusque-là réservés aux top models de Dolce&Gabbana, tout ça pour arriver à peu près au niveau de ses yeux. Et, même ainsi, je dois toujours relever la tête pour le regarder. Ça l’enchante, visiblement – ses yeux noisette brillent chaque fois d’un éclat suspect.

— J’ai eu un début de journée plutôt désastreux… Ça ne se reproduira plus, je lui réponds, rassurée – ma voix n’a pas tremblé.

Je n’ai jamais été en retard, vraiment jamais. Mais c’est bien son genre d’en faire tout un plat la première fois que ça arrive ! Au bout de quelques minutes, je finis par me faufiler jusqu’à mon bureau, je range mon sac et mon manteau dans un placard et j’allume l’ordinateur. L’air de rien – comme s’il ne se tenait pas à la porte, à scruter le moindre de mes mouvements.

— « Un début de journée désastreux »… Oui, c’est une description assez juste de ce que j’ai eu à gérer en votre absence. J’ai téléphoné personnellement à Alex Schaffer pour lui faire oublier qu’il n’a pas eu les contrats signés à l’heure prévue, c’est-à-dire 9 heures, heure de la côte Est. J’ai dû, personnellement, appeler Madeline Beaumont pour lui dire qu’on continuait bien le projet comme c’était prévu. Bref, j’ai fait votre travail et le mien ce matin. Vous pouvez sûrement, même avec « un début de journée désastreux », réussir à être là à 8 heures ? Il y en a ici qui se lèvent et commencent à travailler avant l’heure du brunch, vous savez…